BIOgrafie: Personnelle. Diversifiée. Consciencieuse.

BIO: Pour certains, c’est une question de cœur, pour d’autres, c’est une tentative de rendre le monde plus durable. Ce qu’on connaît moins, ce sont les gens derrière les produits et qui tous les jours, mettent leur cœur et leur âme dans la culture, la production et la transformation.

Nous levons le rideau. Nous avons rendu visite à nos producteurs et fournisseurs et jeté un coup d’œil dans les coulisses. Avec pour résultat, des histoires qui inspirent la réflexion, le questionnement critique, la clarification des problèmes, la joie rayonnante ou simplement faire le bien.

Pakka AG, Zürich

Équité sans arrière-goût amer

 

Plaisir du palais et responsabilité sociale. Depuis 2006, Pakka AG a mis en place de nouvelles normes dans le monde de la noix avec des produits cultivés de manière équitable et biologique. Ce qui a commencé avec le petit projet de noix de cajou en Inde est devenu une société commerciale en réseau. La communauté passe en premier.   

 

Décortiquées, grillées et savoureuses. C’est ainsi que se présentent les noix du magasin bio du coin. Mais que cache ce produit, apparemment simple. Tombé d’un arbre dans un pays lointain, il est ramassé, séché en plusieurs étapes, pelé, emballé, transporté sur des milliers de kilomètres en Europe, grillé puis assaisonné avec des épices avant d’arriver dans notre sac à provisions. Par rapport à d’autres produits, ce long chemin est encore assez court. Et pourtant, la question se pose: comment garder une vue d’ensemble et garantir des prix équitables et de bonnes conditions de travail à toutes les étapes?

 

En tant que négociant de fruits à coque, Pakka AG y parvient grâce à une coopération étroite et personnelle avec les organisations de petits exploitants des pays du Sud. Pakka ne veut pas seulement acheter des noix à un prix équitable dans le pays d’origine, mais aussi promouvoir l’ensemble de la chaîne de valeur à la source. Cela signifie que le plus grand nombre possible d’étapes de transformation doivent être effectuées localement, comme le séchage et l’épluchage des fruits à coque. «Pour moi, la meilleure chose à faire est de pouvoir obtenir des produits directement à la source», a déclaré Ueli Baruffol, co-fondateur de Bio Partner. «De cette façon, nos partenariats jettent une passerelle entre les fournisseurs du Sud et le marché européen.»

 

 

 

Au début, il y avait la noix de cajou

L’histoire de Pakka a commencé en 2006 avec un petit projet en Inde. Les fondateurs, Ueli Baruffol et Balz Strasser, ont eu l’occasion en Inde de soutenir financièrement et au niveau entrepreneurial la boutique biologique grâce à Elements et à ses activités commerciales. L’accent a été mis sur l’achat et l’exportation de noix de cajou. Pour leur projet, ils ont commencé à travailler en étroite collaboration avec la Fair Trade Alliance Kerala (FTAK), qui a aidé les petits agriculteurs locaux à vendre leurs produits. «Cela m’a toujours intéressé d’associer l’esprit d’entreprise et le contexte de développement pour avoir un impact positif sur l’ensemble de la région», explique Ueli Baruffol; Pakka était née en tant que négociant de matières premières et marque.

 

Ils se sont donc tournés vers les noix de cajou et ont mis tout leur cœur et leur âme dans la coopération avec l’Inde. En 2007, ils ont reçu la certification officielle Fairtrade et en 2008 la certification biologique. Par la suite, Pakka a été le seul fournisseur de noix de cajou biologique du commerce équitable dans le monde entier pendant plusieurs années. Puis d’autres projets ont vu le jour.

 

 

 

Construire, soutenir, développer

Depuis sa création, neuf autres partenaires de coopération les ont rejoint. La gamme de produits Pakka s’est également développée. Ils reçoivent à présent des noix de cajou de Côte d’Ivoire, des noisettes de Géorgie, des noix de macadamia du Kenya et des amandes du Pakistan. Mais Pakka ne veut pas seulement se présenter en tant que négociant de matières premières et client. Dès le début, Pakka a investi activement dans l’infrastructure locale afin de maintenir les structures des petits exploitants. Pakka est également impliqué dans la planification stratégique des organisations individuelles et participe aux partenariats individuels à hauteur de 15-25%. Néanmoins, les partenaires qui travaillent en étroite collaboration avec les coopératives paysannes conservent leur autonomie et liberté de décision. «Nous construisons, nous soutenons et développons, mais les partenaires eux-mêmes doivent survivre sur le marché. Ils prennent leurs propres décisions», déclare Ueli Baruffol.

 

Ce qu’il y a de plus fascinant et de plus beau à travailler avec une telle communauté agricole, c’est le sentiment d’être vraiment capable d’apporter une petite contribution qui a une influence sur leur qualité de vie, continue Ueli Baruffol en souriant. Une coopérative fonctionnelle et stable crée un petit système autonome mais solide dans un système étatique. Et ça marche. «Vous vous soutenez avec des problèmes et des projets. Vous êtes une communauté et vous grandissez ensemble».

 

 

Grandir grâce à la compréhension

Comme d’autres distributeurs Fairtrade et biologiques, Pakka doit faire face aux prix plus élevés du marché . C’est exactement là que Pakka veut continuer et renforcer le lien entre les agriculteurs du Sud et les consommateurs en Europe avec plus d’activités de marketing et une communication ciblée. «Ce n’est que lorsque le client connaît l’histoire et l’effort derrière chaque produit qu’il est prêt à payer un prix plus élevé», explique Ueli Baruffol.

 

Pakka a l’intention de continuer à utiliser cette transparence et cette compréhension dans tous les domaines et de croître durablement. Ils veulent lancer de nouveaux projets et partenariats, développer d’autres chaînes de valeur ajoutée pour les noix et investir dans d’autres produits comme les pistaches ou les noix de pécan. Et tout cela selon la devise: créer de la valeur à la source.

 

Alessandra Sossini

www.pakka.ch

 

Metzgerei Mark, Schiers-Lunden GR

 

Où les animaux sont encore des êtres vivants

 

La boucherie Mark dans les Grisons fabrique des produits carnés bio de première qualité et mise pour cela sur une collaboration étroite avec les éleveurs régionaux. De l’abattage à la saucisse prête à consommer, la boucherie effectue chaque étape de transformation sous son propre toit. En s’appliquant systématiquement à respecter le bien-être de l’homme et de l’animal. 

 

Lorsqu’on demande à un végétarien ou à un végétalien pourquoi il ne mange pas de viande, les gens invoque fréquemment les horreurs commises dans les étables et les abattoirs révélées par les vidéos qui ont fait le tour du net. Une raison que le boucher Andy Mark comprend parfaitement. Il dirige la boucherie Mark dans l'idyllique Schiers-Lunden dans le canton des Grisons avec une philosophie particulière: la viande provient exclusivement de la région et le bien-être animal passe avant tout – «authentiquement local». Une «régionalité» qui se perçoit. Car en effet, aucun aspect du commerce international de la viande n’est présent dans cette boucherie. «Nous considérons la boucherie comme un artisanat. Nous prenons soin des animaux et veillons à ce qu’ils ne souffrent à aucun moment», déclare Mark dans un entretien avec Bio Partner. Les animaux arrivent après une courte durée de transport, ils peuvent se déplacer librement et ne sont jamais attachés – tout se déroule sans stress. Aujourd’hui, la boucherie se procure de la viande en Engadine, à Davos, Klosters, Arosa mais aussi directement chez le voisin.

 

La boucherie a été fondée il y a 24 ans dans le jardin de la mère de Mark avec la construction du premier laboratoire de transformation. Lorsque l’unique boucherie de Schiers a fermé ses portes, Mark a décidé de monter sa propre affaire. En 20 ans, d’autres salles de transformation et de séchage, des machines et des magasins sont venus s’ajouter. L’entreprise a poursuivi sa croissance, la passion du métier est restée. «J’ai à présent beaucoup de tâches administratives à effectuer. Mais je travaille tous les jours dans l’entreprise. J'aime ça et je ne veux pas y renoncer », déclare Mark.

 

 

Bien-être animal versus guerre des prix

 

La politique des prix qui sévit actuellement sur le marché de la viande est un sujet qui préoccupe beaucoup notre boucher. «C’est frustrant de constater que les discussions sur les prix se font au détriment des animaux», explique Mark. La pression exercée sur les prix et les coûts entraîne une importation croissante de viande étrangère. L’attitude des consommateurs est à son avis la principale cause de cette situation. «Aujourd’hui, les consommateurs considèrent les prix bas comme une norme, mettant de côté leur sens critique», assure Mark. Le problème n’est pas en priorité la provenance de la viande mais le fait que personne ne se préoccupe du bien-être des animaux ni de la qualité.

Et ce sont les animaux comme les éleveurs qui en font les frais. «À chaque nouveau scandale, on tient les éleveurs pour responsables alors que les consommateurs y contribuent indirectement en exigeant des aliments bon marché», pense le boucher. Il est très difficile pour les éleveurs régionaux de rester compétitifs face aux prix de la concurrence étrangère. C’est pourquoi la boucherie tient à payer des prix équitables à ses éleveurs afin de renforcer l’ensemble de la chaîne de création de valeur. «Nous considérons la viande comme un produit de luxe pour lequel est exigée une certaine qualité qui a son prix», déclare Mark. Et d’ajouter: «Ceux qui n’ont que les chiffres en tête, devraient cesser d’exercer ce métier».

 

 

 

Un classique revisité

 

Le Power Beef bio est l’un des produits les plus appréciés de la boucherie Mark; c’est le premier bâtonnet de viande sur le marché suisse composé de la meilleure viande de bœuf bio, pauvre en graisse et plein de protéines. Les sportifs professionnels et amateurs ne jurent que par lui. L’idée est née à la suite d’une demande d’un voisin qui souhaitait faire fabriquer une saucisse protéinée. La boucherie n’a pas eu à se creuser la tête bien longtemps. «Les produits de viande séchée que nous produisions avaient déjà les caractéristiques du Power Beef. Ils n’étaient simplement pas pratiques à emporter», explique Mark. Car peu de gens emporteraient de la viande séchée des Grisons ou une Salsiz entière au ski. C’est ainsi qu’est née la saucisse ultra protéinée en format de poche. 

 

Mais pour ce produit encore, le prix est un facteur décisif. Selon Mark, il pourrait vendre beaucoup plus de Power Beef mais le prix rend les consommateurs frileux. Comme pour la viande des Grisons, le prix se justifie par la qualité des matières premières et le temps nécessaire à la transformation. Contrairement au Power Beef, les sticks de viande ordinaires sont composés de viande de porc bon marché, beaucoup de gras et produites mécaniquement en un temps record. Cela fait évidemment baisser le prix.
«Il est grand temps que les consommateurs comprennent qu’ils se font du bien en consommant de la bonne viande», soupire Mark. Néanmoins, le boucher a reçu une multitude de demandes de sponsoring et collabore aujourd’hui avec de très nombreux sportifs.

 

 

 

 

 

Un changement de mentalité s’impose

 

Bien que la Suisse soit un modèle en matière de protection des animaux, il reste toutefois d’importantes lacunes dans l’industrie de la viande telle qu’elle fonctionne actuellement. De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des directives plus strictes mais pour Mark c’est insuffisant: «On parle beaucoup mais rien n’est fait en réalité». Il faut éduquer et mettre en place un vaste échange d’information pour expliquer au consommateur les atouts du local, des transports courts et leur impact sur les animaux.

 

En lien avec l’alimentation et le sport, il faut aussi apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge ce que signifie manger de la viande. «Les enfants doivent apprendre à faire le lien avec l’animal et être sensibilisés à ce sujet», pense Mark. Car il ne faut jamais oublier que les animaux ne sont pas qu’une marchandise dans l’assiette, ce sont bien des êtres vivants.

 

Par Alessandra Sossini

Laiterie Bachtel, Wernetshausen ZH

Lait un jour, lait toujours

 

 

La famille Brodbeck exploite depuis huit ans la laiterie Bachtel dans l'Oberland zurichois et produit des produits laitiers Demeter de haute qualité. Les produits artisanaux et l'engagement social jouent le rôle principal à la laiterie. Une affaire de cœur que l'on peut voir, sentir et surtout goûter.

 

Une route de campagne sinueuse mène de Hinwil à Wernetshausen, un petit village de l'Oberland zurichois. Loin de la route principale, entourée de prairies et de collines, se trouve la laiterie Sennerei Bachtel. On l’aperçoit déjà de loin. Une petite maison blanche, rustique, avec une ancienne porcherie à côté et des douzaines de boîtes à lait devant la porte. Cette ancienne ferme avec des porcs est depuis huit ans l’exploitation où vit la famille Brodbeck. Une entreprise qui est dirigée avec beaucoup de cœur et d'âme, ce que vous pouvez ressentir à chaque étape de la production laitière. «Nous voulons fabriquer des produits de haute qualité de manière traditionnelle et honnête à partir d'un lait à la fois régional et respectueux des animaux», a déclaré le directeur général Vital Brodbeck lors d'un entretien avec Bio Partner.

 

La laiterie coopère avec dix producteurs laitiers du voisinage immédiat, qui livrent leur lait tous les jours. «Nous avons beaucoup de chance d'être au milieu d'un petit nid d'agriculteurs Demeter et de pouvoir vivre leur philosophie dans nos propres murs», dit V. Brodbeck. Le lait délicieux, les yaourts aux fruits et les fromages crémeux sont produits en harmonie avec les animaux et la nature et avec un travail manuel soigné. La fromagerie de la laiterie est devenue un avantage indispensable. «Le fromage est comme un tampon. Si trop de lait est livré, nous le transformons en fromage, qui mûrit ensuite dans la cave à fromage. Plus c'est long, mieux c'est», dit V. Brodbeck en souriant.

 

 

 

 

 

Tout le monde est le bienvenu

 

Outre la durabilité et le bien-être des animaux, la laiterie attache une grande importance à l'intégration des personnes ayant des difficultés d’apprentissage. Au-dessus de la fromagerie, la famille a donc mis en place un petit groupe de vie assistée, où deux à trois résidents sont complètement intégrés dans une vie quotidienne régulière. Ils peuvent également suivre une formation complète dans la laiterie et même continuer à y travailler par la suite. Le mot-clé pour cela estl 'individualité'. «Ces personnes sont ce qu'elles sont et la société devrait avoir de la place pour elles», explique V. Brodbeck. Chaque apprenti est soutenu et encouragé individuellement en contact direct. Cela permet également d'assurer la pleine qualité des produits.

 

Vital Brodbeck ne veut pas nier qu'il y a parfois des difficultés. «Bien sûr, c'est un défi et cela prend beaucoup de temps. Mais ce sont ces gens qui donnent à notre laiterie une certaine spécialité, un nouveau 'mode de vie', un tout nouveau sens de l'humour». Il espère que d'autres entreprises se chargeront également d'une telle tâche sociale. La société dans son ensemble doit prendre du temps pour intégrer et utiliser les capacités de chaque personne. C'est la seule façon de grandir ensemble et de créer un avantage pour tous. «Je travaille avec des personnes handicapées depuis 20 ans et j'ai appris beaucoup plus pendant cette période que je n'ai jamais été capable de leur enseigner», dit Brodbeck avec le sourire aux lèvres.

 

 

 

Grande pression sur les petits agriculteurs

Cependant, comme d'autres petites fromageries et laiteries, la laiterie Bachtel est soumise à de fortes pressions financières et économiques. «La pression sur les prix augmente énormément en raison de la présence de grands distributeurs sur le marché. Pour de nombreuses petites entreprises, la seule solution est une fuite en avant l'expansion de l'entreprise», dit V. Brodbeck avec un sous-entendu inquiet. Une solution qui serait hors de question pour lui. «Nous voulons que notre travail reste un métier et ne soit pas intégré dans un processus technique. Cependant, la crainte de devoir céder à cette pression et de ne plus pouvoir bientôt payer des prix équitables aux producteurs laitiers est toujours présente

 

 

Non seulement la pression sur les prix crée des problèmes pour le transformateur de lait, mais aussi l'avenir de l'image de Demeter. Selon V. Brodbeck, de nombreux distributeurs ne se préoccupent plus aujourd'hui de perpétuer la philosophie Demeter, mais de siphonner autant que possible cette niche existante. La durabilité ne joue qu'un rôle mineur et l'histoire derrière les produits ne compte plus. L'essentiel est que le produit soit certifié Demeter. «Malheureusement, mon expérience a montré que la réputation de la philosophie de Demeter pourrait être diluée.» Une réputation que de petites entreprises comme la laiterie alpine Bachtel ont façonnée au fil des ans et qui a ainsi suscité l'intérêt des grands distributeurs.

 

 

 

Une plus grande sensibilisation à l'avenir

 

Vital Brodbeck ne sait pas ce que l'avenir réserve à la laiterie Bachtel. Mais l'un des principaux objectifs de la laiterie est de ne pas avoir à faire de compromis. «Nous voulons rester fidèles à nous-mêmes et à notre philosophie.» Il a également un souhait pour l'avenir: l'industrie doit à nouveau créer les conditions pour que davantage de laiteries différentes puissent s'ouvrir dans toute la Suisse. «Nous n'avons pas la prétention d'être les seuls sur le marché. Mieux vaut distribuer cinquante petites entreprises en Suisse qu'un géant. Parce que cela signifie une croissance organique», dit Brodbeck.

 

Mais pour y parvenir, il faut changer l'état d'esprit de toutes les parties concernées. «Il faut agir partout: en matière de prévention, de politique et de travail éducatif. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir», dit V. Brodbeck. Selon lui, les consommateurs devraient également redonner une valeur suffisante aux aliments et ainsi faire renaître la conscience de la nature et des animaux. La tendance dans cette direction est déjà en plein essor. Il reste à espérer que d'autres consommateurs choisiront à nouveau leurs aliments avec raison et conscience.

 

par Alessandra Sossini

www.sennerei-bachtel.ch

Bio-Meerrettich, Willisau LU

Pionniers sur le marché suisse du raifort  

 

 

Depuis 2006, Lucia et Willy Schmid-Zwimpfer cultivent le raifort à Willisau. En tant que seul producteur de raifort en Suisse, il est important pour la famille de faire connaître au consommateur la racine saine et épicée. Une tâche fascinante, qui demande beaucoup de cœur et d'âme et de persévérance.

 

 

On le connaît comme accompagnement de poissons et de légumes, comme mousse, sauce ou raffinement spécial: le raifort. Ce qui est pour nous une simple racine pointue est une pure fascination pour la famille Schmid-Zwimpfer, qui cultive le raifort avec passion depuis 12 ans. Leur ferme avec 15 vaches laitières et de vastes champs n'est pas une ferme ordinaire, mais une ferme pleine de cœur et d'âme, d'inventivité et de curiosité pour de nouvelles choses. C'est aussi l'impulsion pour la culture du raifort. Même à l'époque, c'était clair pour la famille: pour continuer à avoir du succès avec leur petite entreprise, il fallait construire un nouveau pilier en plus du lait. Après un long temps de bricolage, d'essai et de recherche élaborée, ils ont été conquis par le raifort. «D'autres sont attirés par des pays lointains, ici c'était du raifort», disent Lucia et Willy Schmid-Zwimpfer lors d'une conversation avec Bio Partner. «C'est comme si c’était lui qui nous avait trouvés, pas nous.»

 

Mais en tant que pionniers sur le marché suisse du raifort, il s'agissait d'un territoire totalement nouveau pour le couple. Bien qu'ils aient pu obtenir des informations de base auprès d'un ami allemand, le raifort suisse ne se trouvait jusqu’alors que dans des jardins privés. En 2006, la famille a récolté son premier raifort avec beaucoup d'enthousiasme et plusieurs quarts de nuit. «Au début, nous avons fait des erreurs et nous avons dû investir beaucoup de temps. Nous ne savions pas encore comment nous y prendre», dit Willy Schmid-Zwimpfer en riant. La famille a optimisé à plusieurs reprises les processus de travail. «Il a fallu beaucoup de patience et un engagement total. Nous pouvons maintenant nous réjouir du succès», dit Lucia Schmid-Zwimpfer.

 

Racine aiguisée et doigts froids 

Aussi délicieux que soit le raifort, il est plus difficile à manipuler que prévu et exige beaucoup de travail manuel et de persévérance. La famille Schmid-Zwimpfer fait une grande partie à la main, depuis la plantation des racines et le désherbage jusqu'à la récolte, le lavage et la mise en place de la racine finie. «Toutes ces opérations font qu'il est presque impossible de mécaniser la culture du raifort. Mais c'est précisément pour cela qu'il est si spécial pour nous», dit Lucia Schmid-Zwimpfer. Un aspect important d'un point de vue qualitatif. Du début à la fin, le couple prend chaque racine dans ses mains une trentaine de fois avant qu'elle n'atteigne le client. Cela signifie que l'assurance qualité se fait automatiquement.

Pendant la période de récolte entre octobre et mars, la famille est confrontée non seulement aux soins et à la récolte qui prennent beaucoup de temps, mais aussi au froid et aux sols gelés. «Nous sommes toujours très dépendants de la météo et donc en contact quotidien avec la nature. Et bien sûr avec MétéoSuisse», dit Willy Schmid-Zwimpfer. Lorsqu'il faisait très froid, la famille a dû transformer l'étable un peu plus chaude pour la préparation des racines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pro Specie Rara pour les plants

Mais ces conditions ont un avantage décisif: «La très grande partie de travail manuel et le défi des conditions météorologiques ne conviennent pas à toutes les entreprises et sont simplement notre spécialité», déclare fièrement Willy Schmid-Zwimpfer. Les concurrents et les fournisseurs à bas prix sont néanmoins des données à prendre en compte. «Dans un marché ouvert, c'est inévitable, mais nous voulons que le raifort soit bien apprécié», dit Willy Schmid-Zwimpfer. C'est aussi la raison pour laquelle la famille a récemment demandé la certification Pro Specie Rara pour la conservation de ses propres plants. Il s'agit avant tout de conférer aux produits à base de raifort un caractère distinctif particulier. Depuis le début de l'année, les racines fraîches de raifort, la poudre de raifort épicée et le délicieux fromage à la crème au raifort sont tous certifiés.

 

 

Désir de compréhension et de soins

 

Un autre défi est la compréhension et l'intérêt des collègues pour l'agriculture biologique. «En tant qu'agriculteurs biologiques, nous avons d'abord dû travailler pour la reconnaissance et le respect», dit Lucia Schmid-Zwimpfer. Lorsque d'autres agriculteurs de la région pulvérisaient leurs cultures, il était difficile de protéger leurs propres champs.

 

 

Parier sur la prochaine génération 

Le couple Schmid-Zwimpfer aimerait transmettre sa joie et sa fascination pour l'agriculture et surtout pour le raifort à la génération suivante, non seulement à ses propres enfants, mais aussi à d'autres jeunes. Pour cette raison, la famille prend périodiquement un stagiaire qui effectue une année de transition dans le cadre de l'offre 'Startpunkt Wallierhof'. «Les jeunes devraient prendre leurs responsabilités dès le début et ainsi apprendre à connaître le lien avec la nature et les animaux», dit Lucia Schmid-Zwimpfer.

Le couple ne croit pas que l'agriculture s'éteindra un jour. Au contraire: Willy Schmid-Zwimpfer voit l'opportunité avant tout avec les petits paysans, qui peuvent renforcer les structures existantes avec leur joie et leur enthousiasme. L’exploitation de la ferme Schmid sera également poursuivie plus tard avec beaucoup d'inventivité et de conviction: «L'agriculture biologique est une philosophie de vie qui nécessite beaucoup de "miracle" et de passion. Et c'est exactement ce que nous défendons.»

 

Par Alessandra Sossini

Li cosmetic, Worb BE

Un investissement naturel sans produits chimiques en petits caractères  

 

 

Depuis plus de 25 ans, Li cosmetic est synonyme de cosmétiques naturels sans ingrédients artificiels. Grâce à l'utilisation de matières premières de haute qualité et exclusivement naturelles, les produits offrent un soin idéal et soigné pour chaque type de peau. Et tout cela selon la devise: la qualité avant la quantité.

 

La peau est l'une des composantes les plus importantes de notre corps, elle joue un rôle irremplaçable: elle protège contre les influences néfastes, elle contrôle la température corporelle et c'est à travers elle que nous percevons le toucher. Il est donc clair que le plus grand organe humain a besoin de soins attentifs. C'est précisément pour cette raison que la marque de cosmétiques naturels Li cosmetic s'est donné pour mission de développer des produits qui donnent à la peau ce dont elle a besoin - sans l'aide d'additifs chimiques.

Li cosmetic est une véritable entreprise familiale, où tous les produits sont développés et fabriqués dans le laboratoire interne de la famille Aeschbacher. Depuis sa création, les produits rayonnent de naturel et de simplicité à tous les niveaux. «Il est important pour nous de ne pas surcharger nos produits - ni en termes d'ingrédients ni en termes d'emballage», déclare Lotty Aeschbacher, fondatrice et propriétaire de Li cosmetic, dans une interview avec Bio Partner. Aussi simple que soit l'emballage des produits, les ingrédients sont convaincants tout au long de la chaîne. Li cosmetic obtient le calendula, la mauve, l’échinacée, l’euphraise, la capucine, la rose et beaucoup d'autres herbes exquises directement de petites fermes certifiées biologiques dans les Alpes et les Préalpes - tous enrichis de la puissance du sol alpin et de l'air des montagnes.

 

Expérimenter par fascination

Lotty Aeschbacher a toujours été fascinée par la nature et ses effets. Déjà dans sa jeunesse, la fondatrice souffrait d'une peau sensible et de problèmes de peau. Pendant longtemps, elle a cherché le soin idéal. Ayant grandi dans un foyer avec un style de vie naturel, il était clair dès le début que seuls les cosmétiques naturels pouvaient être considérés. Or, ceux-ci n'étaient pas encore établis dans les années 70. C'est ainsi que L. Aeschbacher a commencé à s'intéresser de plus en plus à la critique des cosmétiques chimiques et aux avantages des soins naturels. Ce qui a commencé avec deux livres s'est transformé en une bibliothèque complète de lectures spécialisées. «Grâce à des ouvrages de référence, j'ai beaucoup appris sur les différentes matières premières et leurs effets, ainsi que sur la composition des formulations cosmétiques. Bientôt, j'ai été tentée de produire mes propres cosmétiques», confie L. Aeschbacher en souriant. C'est ainsi qu'est née la première crème de jour.

Mais le développement et la fabrication des produits n'ont pas été aussi simples qu'il n'y paraît dans les livres. «Le grand défi était de trouver une substance naturelle qui combine l'eau et l’huile», précise L. Aeschbacher. Avec diverses préparations chimiques, cela était possible sans aucun problème, mais une alternative naturelle était encore inconnue. Ce sont précisément ces défis qui m’ont motivée à continuer à expérimenter. «C'était comme si j’étais montée dans un train et qu'il m'emmenait sans s’arrêter avec lui. Je savais que je voulais le faire, que je pouvais le faire et que je le ferai», affirme la fondatrice. L'énergie n'a jamais diminué et ainsi Li cosmetic a continué à croître jusqu'à aujourd'hui.

 

Bien que l'entreprise de cosmétiques naturels ait maintenant trouvé sa place sur le marché, le nombre de concurrents ne cesse d'augmenter. «Nous n'avons peut-être pas peur de la concurrence, mais le marché est malheureusement devenu acharné», s'inquiète L. Aeschbacher. Parce qu'avec de nouveaux fournisseurs, c’est aussi l’arrivée des astuces. «Le terme "cosmétique naturelle" n'est pas vraiment protégé et on ne sait donc jamais quelle quantité de nature ou de chimie se trouve réellement dans un produit», explique la propriétaire. Afin de se protéger contre les fausses accusations et de se démarquer de la concurrence, Li cosmetic a mis en place des signaux clairs avec diverses certifications. Tous les produits portent la certification Natural Cosmetics Standard (NCS), qui n'autorise que les ingrédients d'origine naturelle, ainsi que le label international contre l'expérimentation animale.

 

Li cosmetic est confrontée à la différence de prix avec les produits conventionnels. Mais L. Aeschbacher est plutôt cool à ce sujet. «Il est important pour nous de maintenir des prix stables et aussi bas que possible, mais notre qualité a tout simplement son prix», dit-elle. Grâce à l'utilisation d'ingrédients exclusivement naturels de haute qualité, il n'est pas du tout possible d'offrir un produit de masse bon marché et cela irait à l'encontre de la philosophie de l'entreprise. L. Aeschbacher s'adresse discrètement à l'esprit des consommateurs. «Prenez conscience de la qualité et des risques des ingrédients chimiques.»

 

Des consommateurs heureux, un avenir heureux

Pour Lotty Aeschbacher, la satisfaction du consommateur est finalement la chose la plus importante. «Je suis juste heureuse quand tout va bien, quand les clients aiment acheter mes produits et font quelque chose de bien pour eux-mêmes. Cela motive également l'entreprise à aller de l'avant», déclare-t-elle. Après 25 ans de travail intensif et un investissement corps et âme, Lotty Aeschbacher veut maintenant se détendre un peu. «Je ne me fixe pas de grandes ambitions pour le moment. J'essaie de vivre dans le présent et d'évoluer avec mon temps.»

«Je ne sais pas encore si nous allons agrandir l'entreprise ou la garder comme ça, parce qu'on ne rajeunit pas», dit en riant cette femme de 67 ans. Bien que le temps ait minimisé les défis et créé une base solide, la fascination pour l'expérimentation avec des herbes et des huiles demeure.

 

 

Par Alessandra Sossini
 

Humbel Spezialbrennerei, Stetten AG

 

Le fruit biologique à haut pourcentage

 

Au début, il y avait le kirsch - et il existe toujours. Depuis 1918, la distillerie spéciale Humbel distille des fruits sélectionnés en distillats de fruits exquis et a établi une nouvelle niche avec le schnaps biologique. Au fil des ans, l'entreprise de production a maintenu sa qualité et s'est fait un nom dans toute la Suisse.

 

La bio est souvent associée à un mode de vie sain. Souvent, l'alcool n'y a pas sa place car il n'est pas bénéfique pour le corps. La question se pose donc de savoir pourquoi utiliser les spiritueux biologiques? Ils n’apportent aucun bénéfice pour la santé. Le distillateur de schnaps Lorenz Humbel est d’accord avec Paracelse et pense aussi que pour l'"Aqua vitae" (eau de vie), c’est la dose qui fait le poison. Cependant, il se préoccupe moins de l'aspect santé que de la responsabilité envers notre nature.

Depuis 100 ans, la distillerie spéciale Humbel à Stetten, AG produit des distillats de fruits et des spiritueux de la plus haute qualité biologique. Ce qui était à l'origine une distillerie agricole conventionnelle est aujourd'hui l'une des distilleries les plus connues de Suisse. "Nous distillons avec beaucoup de soin et d'engagement et n'utilisons que des fruits suisses de la meilleure qualité", explique Lorenz Humbel, propriétaire de la distillerie spéciale, dans un entretien avec Bio Partner.

"Un bon fruit est la base d'un bon schnaps. Qu’il soit cabossé ou ait l’air bizarre n’a aucune importance. Le contenu doit être correct", déclare le propriétaire de la distillerie. Pour répondre à ce critère, Beat Humbel, fruiticulteur et cousin de Lorenz Humbel, a créé des cultures fruitières pour la distillerie. Depuis quelques années, il cultive ses vergers selon les normes strictes de "Bio Suisse". Aujourd’hui, diverses variétés de sureau, de mirabelle, de poires Williams jaunes et rouges, de coings, de gravensteiner rouge, de pommes sauvages y poussent. Raisins Muscat bleu et cerises corail. Tombés ou cueillis directement sur l'arbre, les fruits peuvent être traités directement en quelques étapes - pour un goût sans perte.

Au début il y avait une ferme

 

Une seule maison à côté de la distillerie actuelle a initié la voie de la distillerie spéciale de Humbel en 1918. Le grand-père de Lorenz Humbel dirigeait une ferme avec ses propres vergers et une distillerie à côté. Déjà à cette époque, Max Humbel s'est fait un nom avec ses distillats au-delà des frontières de la région. Après 43 ans, il était temps de céder la ferme à ses deux fils Maximilien et Louis Humbel. Le premier a repris la distillerie, le second s'est consacré à l'agriculture. Au fil du temps, la gamme de produits de la distillerie s'est élargie et de nouvelles eaux-de-vie de fruits telles que Williams ou le célèbre "Zwetschge" ont été ajoutées – mais à ce jour, le produit principal est resté le kirsch.

En 1991, le changement de génération suivant a eu lieu et la distillerie a été cédée à Lorenz Humbel. Les vergers sont allés au cousin Beat Humbel. Il ne s’agissait pourtant pas de se reposer sur les lauriers de leurs pères. La distillerie a été modernisée et l'assortiment continuellement peaufiné. "J'ai trouvé mon inspiration pour de nouvelles eaux-de-vie dans le livre 'Die Kirschsorten der deutschen Schweiz', qui m'a fait découvrir des centaines de variétés de cerises", explique le distillateur passionné Lorenz Humbel. Quelques années plus tard, la distillerie est entrée sur le marché biologique avec de nouvelles eaux-de-vie de fruits biologiques - une étape qui promettait non seulement du plaisir mais aussi une valeur ajoutée durable.

Les spiritueux biologiques restent un créneau pour l'instant

 

Le grand boom de l'agriculture biologique n'a pas encore atteint les eaux-de-vie de fruits et les spiritueux. "Toute la question est encore trop dominée par l’aspect sanitaire. on devrait pourtant se préoccuper davantage de durabilité et d'un traitement responsable avec notre nature", dit M. Humbel. Selon le maître distillateur, la santé n’est pas un argument percutant car les pesticides sont volatils et ne pénètrent donc pas dans l'alcool lorsque la masse de fruits fermentés est distillée. "La différence entre biologique et non biologique n'est donc pas si cruciale. L'une des différences est que certaines variétés de fruits biologiques produisent plus de contenu, c'est-à-dire de volume, que les variétés conventionnelles. En général, la culture extensive est avantageuse pour les fruits à distiller", explique monsieur Humbel. Néanmoins, les distillateurs devraient se préoccuper davantage des espèces d'arbres et des variétés fruitières.

 

Le marché de niche présente cependant un avantage. La distillerie spéciale n'a qu'un petit nombre de concurrents. "L'Angleterre, qui produit du whisky, de la vodka et du gin biologiques, est un concurrent majeur dans le secteur biologique. En Suisse, seules les petites exploitations sont en concurrence avec nous ", se réjouit monsieur Humbel. Le marché général de l'alcool ne considère pas le distillateur comme un concurrent sérieux. "Nous sommes convaincus de nos produits et nous offrons une qualité réelle ", déclare monsieur Humbel. Le seul problème est que certains magasins tentent de réduire le prix d'une bouteille de vodka à moins de dix francs pour atteindre CHF 9.90. C'est discutable et incompréhensible et c'est aussi préjudiciable à l'image des spiritueux en général.

Aux 25 prochaines années

Lorenz Humbel souhaite poursuivre l'expansion de l'histoire centenaire de la distillation. "Dans les 25 prochaines années, nous pourrons nous établir notre nom en Suisse, voire en Europe." Le développement de produits est également un mot clé. "Nous continuons nos expérimentations. Nous allons certainement continuer à élargir la gamme des eaux-de-vie de fruitiers à hautes tiges, du rhum bio et du whisky bio ", déclare le maître distillateur. "Et peut-être même qu'un rêve se réalisera: il y a 25 ans, j'étais au Portugal et j'y ai bu un schnapps Medrohno (schnapps de fruits du fraisier). Celui-ci était si délicieux que je ne l’ai toujours pas oublié. Qui sait?"

 

L'une des principales préoccupations de Humbel pour la prochaine génération est la préservation des anciennes étiquettes du schnaps Bure, qui sont restées inchangées depuis 100 ans. "Pour moi, c'est un hommage important à la génération fondatrice et elles illustrent la longue existence de notre distillerie. C’est quelque chose de rare aujourd'hui", dit Humbel avec fierté. Le seul souhait du distillateur est et restera la recherche d'une plus grande reconnaissance des eaux-de-vie de fruits. "J'espère que notre schnaps retrouvera la valeur élevée qu'il avait autrefois."

www.humbel.ch

 

Par Alessandra Sossini