BIOgrafie: Personnelle. Diversifiée. Consciencieuse.

BIO: Pour certains, c’est une question de cœur, pour d’autres, c’est une tentative de rendre le monde plus durable. Ce qu’on connaît moins, ce sont les gens derrière les produits et qui tous les jours, mettent leur cœur et leur âme dans la culture, la production et la transformation.

Nous levons le rideau. Nous avons rendu visite à nos producteurs et fournisseurs et jeté un coup d’œil dans les coulisses. Avec pour résultat, des histoires qui inspirent la réflexion, le questionnement critique, la clarification des problèmes, la joie rayonnante ou simplement faire le bien.

Pakka AG, Zürich

Équité sans arrière-goût amer

 

Plaisir du palais et responsabilité sociale. Depuis 2006, Pakka AG a mis en place de nouvelles normes dans le monde de la noix avec des produits cultivés de manière équitable et biologique. Ce qui a commencé avec le petit projet de noix de cajou en Inde est devenu une société commerciale en réseau. La communauté passe en premier.   

 

Von Alessandra Sossini

 

Décortiquées, grillées et savoureuses. C’est ainsi que se présentent les noix du magasin bio du coin. Mais que cache ce produit, apparemment simple. Tombé d’un arbre dans un pays lointain, il est ramassé, séché en plusieurs étapes, pelé, emballé, transporté sur des milliers de kilomètres en Europe, grillé puis assaisonné avec des épices avant d’arriver dans notre sac à provisions. Par rapport à d’autres produits, ce long chemin est encore assez court. Et pourtant, la question se pose: comment garder une vue d’ensemble et garantir des prix équitables et de bonnes conditions de travail à toutes les étapes?

 

En tant que négociant de fruits à coque, Pakka AG y parvient grâce à une coopération étroite et personnelle avec les organisations de petits exploitants des pays du Sud. Pakka ne veut pas seulement acheter des noix à un prix équitable dans le pays d’origine, mais aussi promouvoir l’ensemble de la chaîne de valeur à la source. Cela signifie que le plus grand nombre possible d’étapes de transformation doivent être effectuées localement, comme le séchage et l’épluchage des fruits à coque. «Pour moi, la meilleure chose à faire est de pouvoir obtenir des produits directement à la source», a déclaré Ueli Baruffol, co-fondateur de Bio Partner. «De cette façon, nos partenariats jettent une passerelle entre les fournisseurs du Sud et le marché européen.»

 

 

 

Au début, il y avait la noix de cajou

L’histoire de Pakka a commencé en 2006 avec un petit projet en Inde. Les fondateurs, Ueli Baruffol et Balz Strasser, ont eu l’occasion en Inde de soutenir financièrement et au niveau entrepreneurial la boutique biologique grâce à Elements et à ses activités commerciales. L’accent a été mis sur l’achat et l’exportation de noix de cajou. Pour leur projet, ils ont commencé à travailler en étroite collaboration avec la Fair Trade Alliance Kerala (FTAK), qui a aidé les petits agriculteurs locaux à vendre leurs produits. «Cela m’a toujours intéressé d’associer l’esprit d’entreprise et le contexte de développement pour avoir un impact positif sur l’ensemble de la région», explique Ueli Baruffol; Pakka était née en tant que négociant de matières premières et marque.

 

Ils se sont donc tournés vers les noix de cajou et ont mis tout leur cœur et leur âme dans la coopération avec l’Inde. En 2007, ils ont reçu la certification officielle Fairtrade et en 2008 la certification biologique. Par la suite, Pakka a été le seul fournisseur de noix de cajou biologique du commerce équitable dans le monde entier pendant plusieurs années. Puis d’autres projets ont vu le jour.

 

 

 

Construire, soutenir, développer

Depuis sa création, neuf autres partenaires de coopération les ont rejoint. La gamme de produits Pakka s’est également développée. Ils reçoivent à présent des noix de cajou de Côte d’Ivoire, des noisettes de Géorgie, des noix de macadamia du Kenya et des amandes du Pakistan. Mais Pakka ne veut pas seulement se présenter en tant que négociant de matières premières et client. Dès le début, Pakka a investi activement dans l’infrastructure locale afin de maintenir les structures des petits exploitants. Pakka est également impliqué dans la planification stratégique des organisations individuelles et participe aux partenariats individuels à hauteur de 15-25%. Néanmoins, les partenaires qui travaillent en étroite collaboration avec les coopératives paysannes conservent leur autonomie et liberté de décision. «Nous construisons, nous soutenons et développons, mais les partenaires eux-mêmes doivent survivre sur le marché. Ils prennent leurs propres décisions», déclare Ueli Baruffol.

 

Ce qu’il y a de plus fascinant et de plus beau à travailler avec une telle communauté agricole, c’est le sentiment d’être vraiment capable d’apporter une petite contribution qui a une influence sur leur qualité de vie, continue Ueli Baruffol en souriant. Une coopérative fonctionnelle et stable crée un petit système autonome mais solide dans un système étatique. Et ça marche. «Vous vous soutenez avec des problèmes et des projets. Vous êtes une communauté et vous grandissez ensemble».

 

 

Grandir grâce à la compréhension

Comme d’autres distributeurs Fairtrade et biologiques, Pakka doit faire face aux prix plus élevés du marché . C’est exactement là que Pakka veut continuer et renforcer le lien entre les agriculteurs du Sud et les consommateurs en Europe avec plus d’activités de marketing et une communication ciblée. «Ce n’est que lorsque le client connaît l’histoire et l’effort derrière chaque produit qu’il est prêt à payer un prix plus élevé», explique Ueli Baruffol.

 

Pakka a l’intention de continuer à utiliser cette transparence et cette compréhension dans tous les domaines et de croître durablement. Ils veulent lancer de nouveaux projets et partenariats, développer d’autres chaînes de valeur ajoutée pour les noix et investir dans d’autres produits comme les pistaches ou les noix de pécan. Et tout cela selon la devise: créer de la valeur à la source.

 

Metzgerei Mark, Schiers-Lunden GR

 

Où les animaux sont encore des êtres vivants

 

La boucherie Mark dans les Grisons fabrique des produits carnés bio de première qualité et mise pour cela sur une collaboration étroite avec les éleveurs régionaux. De l’abattage à la saucisse prête à consommer, la boucherie effectue chaque étape de transformation sous son propre toit. En s’appliquant systématiquement à respecter le bien-être de l’homme et de l’animal. 

 

Par Alessandra Sossini

 

Lorsqu’on demande à un végétarien ou à un végétalien pourquoi il ne mange pas de viande, les gens invoque fréquemment les horreurs commises dans les étables et les abattoirs révélées par les vidéos qui ont fait le tour du net. Une raison que le boucher Andy Mark comprend parfaitement. Il dirige la boucherie Mark dans l'idyllique Schiers-Lunden dans le canton des Grisons avec une philosophie particulière: la viande provient exclusivement de la région et le bien-être animal passe avant tout – «authentiquement local». Une «régionalité» qui se perçoit. Car en effet, aucun aspect du commerce international de la viande n’est présent dans cette boucherie. «Nous considérons la boucherie comme un artisanat. Nous prenons soin des animaux et veillons à ce qu’ils ne souffrent à aucun moment», déclare Mark dans un entretien avec Bio Partner. Les animaux arrivent après une courte durée de transport, ils peuvent se déplacer librement et ne sont jamais attachés – tout se déroule sans stress. Aujourd’hui, la boucherie se procure de la viande en Engadine, à Davos, Klosters, Arosa mais aussi directement chez le voisin.

 

La boucherie a été fondée il y a 24 ans dans le jardin de la mère de Mark avec la construction du premier laboratoire de transformation. Lorsque l’unique boucherie de Schiers a fermé ses portes, Mark a décidé de monter sa propre affaire. En 20 ans, d’autres salles de transformation et de séchage, des machines et des magasins sont venus s’ajouter. L’entreprise a poursuivi sa croissance, la passion du métier est restée. «J’ai à présent beaucoup de tâches administratives à effectuer. Mais je travaille tous les jours dans l’entreprise. J'aime ça et je ne veux pas y renoncer », déclare Mark.

 

 

Bien-être animal versus guerre des prix

 

La politique des prix qui sévit actuellement sur le marché de la viande est un sujet qui préoccupe beaucoup notre boucher. «C’est frustrant de constater que les discussions sur les prix se font au détriment des animaux», explique Mark. La pression exercée sur les prix et les coûts entraîne une importation croissante de viande étrangère. L’attitude des consommateurs est à son avis la principale cause de cette situation. «Aujourd’hui, les consommateurs considèrent les prix bas comme une norme, mettant de côté leur sens critique», assure Mark. Le problème n’est pas en priorité la provenance de la viande mais le fait que personne ne se préoccupe du bien-être des animaux ni de la qualité.

Et ce sont les animaux comme les éleveurs qui en font les frais. «À chaque nouveau scandale, on tient les éleveurs pour responsables alors que les consommateurs y contribuent indirectement en exigeant des aliments bon marché», pense le boucher. Il est très difficile pour les éleveurs régionaux de rester compétitifs face aux prix de la concurrence étrangère. C’est pourquoi la boucherie tient à payer des prix équitables à ses éleveurs afin de renforcer l’ensemble de la chaîne de création de valeur. «Nous considérons la viande comme un produit de luxe pour lequel est exigée une certaine qualité qui a son prix», déclare Mark. Et d’ajouter: «Ceux qui n’ont que les chiffres en tête, devraient cesser d’exercer ce métier».

 

 

 

Un classique revisité

 

Le Power Beef bio est l’un des produits les plus appréciés de la boucherie Mark; c’est le premier bâtonnet de viande sur le marché suisse composé de la meilleure viande de bœuf bio, pauvre en graisse et plein de protéines. Les sportifs professionnels et amateurs ne jurent que par lui. L’idée est née à la suite d’une demande d’un voisin qui souhaitait faire fabriquer une saucisse protéinée. La boucherie n’a pas eu à se creuser la tête bien longtemps. «Les produits de viande séchée que nous produisions avaient déjà les caractéristiques du Power Beef. Ils n’étaient simplement pas pratiques à emporter», explique Mark. Car peu de gens emporteraient de la viande séchée des Grisons ou une Salsiz entière au ski. C’est ainsi qu’est née la saucisse ultra protéinée en format de poche. 

 

Mais pour ce produit encore, le prix est un facteur décisif. Selon Mark, il pourrait vendre beaucoup plus de Power Beef mais le prix rend les consommateurs frileux. Comme pour la viande des Grisons, le prix se justifie par la qualité des matières premières et le temps nécessaire à la transformation. Contrairement au Power Beef, les sticks de viande ordinaires sont composés de viande de porc bon marché, beaucoup de gras et produites mécaniquement en un temps record. Cela fait évidemment baisser le prix.
«Il est grand temps que les consommateurs comprennent qu’ils se font du bien en consommant de la bonne viande», soupire Mark. Néanmoins, le boucher a reçu une multitude de demandes de sponsoring et collabore aujourd’hui avec de très nombreux sportifs.

 

 

 

 

 

Un changement de mentalité s’impose

 

Bien que la Suisse soit un modèle en matière de protection des animaux, il reste toutefois d’importantes lacunes dans l’industrie de la viande telle qu’elle fonctionne actuellement. De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des directives plus strictes mais pour Mark c’est insuffisant: «On parle beaucoup mais rien n’est fait en réalité». Il faut éduquer et mettre en place un vaste échange d’information pour expliquer au consommateur les atouts du local, des transports courts et leur impact sur les animaux.

 

En lien avec l’alimentation et le sport, il faut aussi apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge ce que signifie manger de la viande. «Les enfants doivent apprendre à faire le lien avec l’animal et être sensibilisés à ce sujet», pense Mark. Car il ne faut jamais oublier que les animaux ne sont pas qu’une marchandise dans l’assiette, ce sont bien des êtres vivants.

Laiterie Bachtel, Wernetshausen ZH

Lait un jour, lait toujours

 

 

La famille Brodbeck exploite depuis huit ans la laiterie Bachtel dans l'Oberland zurichois et produit des produits laitiers Demeter de haute qualité. Les produits artisanaux et l'engagement social jouent le rôle principal à la laiterie. Une affaire de cœur que l'on peut voir, sentir et surtout goûter.

 

 

par Alessandra Sossini

 

Une route de campagne sinueuse mène de Hinwil à Wernetshausen, un petit village de l'Oberland zurichois. Loin de la route principale, entourée de prairies et de collines, se trouve la laiterie Sennerei Bachtel. On l’aperçoit déjà de loin. Une petite maison blanche, rustique, avec une ancienne porcherie à côté et des douzaines de boîtes à lait devant la porte. Cette ancienne ferme avec des porcs est depuis huit ans l’exploitation où vit la famille Brodbeck. Une entreprise qui est dirigée avec beaucoup de cœur et d'âme, ce que vous pouvez ressentir à chaque étape de la production laitière. «Nous voulons fabriquer des produits de haute qualité de manière traditionnelle et honnête à partir d'un lait à la fois régional et respectueux des animaux», a déclaré le directeur général Vital Brodbeck lors d'un entretien avec Bio Partner.

 

La laiterie coopère avec dix producteurs laitiers du voisinage immédiat, qui livrent leur lait tous les jours. «Nous avons beaucoup de chance d'être au milieu d'un petit nid d'agriculteurs Demeter et de pouvoir vivre leur philosophie dans nos propres murs», dit V. Brodbeck. Le lait délicieux, les yaourts aux fruits et les fromages crémeux sont produits en harmonie avec les animaux et la nature et avec un travail manuel soigné. La fromagerie de la laiterie est devenue un avantage indispensable. «Le fromage est comme un tampon. Si trop de lait est livré, nous le transformons en fromage, qui mûrit ensuite dans la cave à fromage. Plus c'est long, mieux c'est», dit V. Brodbeck en souriant.

 

 

 

 

 

Tout le monde est le bienvenu

 

Outre la durabilité et le bien-être des animaux, la laiterie attache une grande importance à l'intégration des personnes ayant des difficultés d’apprentissage. Au-dessus de la fromagerie, la famille a donc mis en place un petit groupe de vie assistée, où deux à trois résidents sont complètement intégrés dans une vie quotidienne régulière. Ils peuvent également suivre une formation complète dans la laiterie et même continuer à y travailler par la suite. Le mot-clé pour cela estl 'individualité'. «Ces personnes sont ce qu'elles sont et la société devrait avoir de la place pour elles», explique V. Brodbeck. Chaque apprenti est soutenu et encouragé individuellement en contact direct. Cela permet également d'assurer la pleine qualité des produits.

 

Vital Brodbeck ne veut pas nier qu'il y a parfois des difficultés. «Bien sûr, c'est un défi et cela prend beaucoup de temps. Mais ce sont ces gens qui donnent à notre laiterie une certaine spécialité, un nouveau 'mode de vie', un tout nouveau sens de l'humour». Il espère que d'autres entreprises se chargeront également d'une telle tâche sociale. La société dans son ensemble doit prendre du temps pour intégrer et utiliser les capacités de chaque personne. C'est la seule façon de grandir ensemble et de créer un avantage pour tous. «Je travaille avec des personnes handicapées depuis 20 ans et j'ai appris beaucoup plus pendant cette période que je n'ai jamais été capable de leur enseigner», dit Brodbeck avec le sourire aux lèvres.

 

 

 

Grande pression sur les petits agriculteurs

Cependant, comme d'autres petites fromageries et laiteries, la laiterie Bachtel est soumise à de fortes pressions financières et économiques. «La pression sur les prix augmente énormément en raison de la présence de grands distributeurs sur le marché. Pour de nombreuses petites entreprises, la seule solution est une fuite en avant l'expansion de l'entreprise», dit V. Brodbeck avec un sous-entendu inquiet. Une solution qui serait hors de question pour lui. «Nous voulons que notre travail reste un métier et ne soit pas intégré dans un processus technique. Cependant, la crainte de devoir céder à cette pression et de ne plus pouvoir bientôt payer des prix équitables aux producteurs laitiers est toujours présente

 

 

Non seulement la pression sur les prix crée des problèmes pour le transformateur de lait, mais aussi l'avenir de l'image de Demeter. Selon V. Brodbeck, de nombreux distributeurs ne se préoccupent plus aujourd'hui de perpétuer la philosophie Demeter, mais de siphonner autant que possible cette niche existante. La durabilité ne joue qu'un rôle mineur et l'histoire derrière les produits ne compte plus. L'essentiel est que le produit soit certifié Demeter. «Malheureusement, mon expérience a montré que la réputation de la philosophie de Demeter pourrait être diluée.» Une réputation que de petites entreprises comme la laiterie alpine Bachtel ont façonnée au fil des ans et qui a ainsi suscité l'intérêt des grands distributeurs.

 

 

 

Une plus grande sensibilisation à l'avenir

 

Vital Brodbeck ne sait pas ce que l'avenir réserve à la laiterie Bachtel. Mais l'un des principaux objectifs de la laiterie est de ne pas avoir à faire de compromis. «Nous voulons rester fidèles à nous-mêmes et à notre philosophie.» Il a également un souhait pour l'avenir: l'industrie doit à nouveau créer les conditions pour que davantage de laiteries différentes puissent s'ouvrir dans toute la Suisse. «Nous n'avons pas la prétention d'être les seuls sur le marché. Mieux vaut distribuer cinquante petites entreprises en Suisse qu'un géant. Parce que cela signifie une croissance organique», dit Brodbeck.

 

Mais pour y parvenir, il faut changer l'état d'esprit de toutes les parties concernées. «Il faut agir partout: en matière de prévention, de politique et de travail éducatif. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir», dit V. Brodbeck. Selon lui, les consommateurs devraient également redonner une valeur suffisante aux aliments et ainsi faire renaître la conscience de la nature et des animaux. La tendance dans cette direction est déjà en plein essor. Il reste à espérer que d'autres consommateurs choisiront à nouveau leurs aliments avec raison et conscience.